Censure – se taire, trop dire, être interdit
L’époque est à la coexistence de deux extrémités du dire. D’un côté, nous assistons au déferlement de paroles débridées, éhontées, sur les réseaux et dans les médias. Qu’elles soient haineuses, racistes, sexistes, ou encore fake, elles sont proférées sans retenue ni pudeur. Au nom de la liberté d’expression, la parole libérée fait fi de la censure et verse vers une inconséquence des dits et l’irresponsabilité de celui qui les énonce.
À l’extrême opposée se trouve l’envers tyrannique du politiquement correct, incarné par exemple par la cancel culture. La plus grande prudence est de mise, chaque mot pesé pour n’offenser personne. Son paroxysme s’illustre avec le développement du concept de micro-agression. À cette extrémité règne le « on ne peut plus rien dire ».
Le voisinage de ces deux extrêmes témoigne-t-il d’une dérégulation ou d’un mésusage de la censure ?
La censure politique opère en attaquant la langue et vise à une refonte du langage au service d’une idéologie. Ainsi, outre-Atlantique, certains mots sont interdits dans les administrations publiques sociales, de recherches et de l’éducation. D’autres sont renommés du sceau mégalomane de l’administration au pouvoir. Quels sont les fondements de cette guerre des mots[1] ?
En France, concernant la santé mentale érigée en grande cause nationale, le discours contemporain prône un pousse-à-tout-dire pour tous, au nom d’un parler fait du bien alors qu’une politique de fond œuvre à éradiquer la psychanalyse. Cette opération n’est pas sans évoquer le passé funeste des autodafés de Freud. Pourquoi chercher à censurer cette découverte princeps du pouvoir des mots sur les maux d’un sujet ? À l’heure de la transparence, l’énigme du symptôme et l’opacité de la jouissance dérangeraient-ils ?
L’expérience analytique, d’être prise dans un discours qui exclut la domination, nous démontre un tout autre usage de la censure. Découverte par Freud dans son Interprétation du rêve[2], elle se présente comme défense, résistance, permettant de déguiser l’inavouable par les mécanismes de dénégation, condensation et déplacement. Elle se forge de l’énergie du désir et est antérieure au refoulement. Qui n’a jamais fait l’expérience de choses qu’il préfère taire ? Qui n’a pas éprouvé le malaise d’en avoir trop dit ? Trop dire peut parfois précipiter la folie. L’association libre n’est pas la parole libérée et pousser-à-dire n’est pas tout dire. La censure, au dernier terme, lorsque la cure est poussée suffisamment loin, se mesure au fait d’être interdit, c’est-à-dire sans mot face à quelque chose de solide contre lequel l’on se cogne. Comment témoigner au mieux de l’impossible à dire ?
Pour nous éclairer sur ce concept et son actualité dans le lien social, France Jaigu, psychanalyste membre de l’ECF nous fera l’honneur d’être notre invitée. Documentariste, journaliste, l’accompagneront dans cette journée pour nous offrir d’autres regards sur ce qui se dit, s’écrit, se montre d’un événement et ce qui y échappe.
[1] Freud S., L’interprétation du rêve, Paris, Seuil, 2010.
[2] Cassin B., La guerre des mots – Trump, Poutine et l’Europe, Paris, Flammarion, 2026.
Plein tarif : 50€
Tarif étudiant : 15€ – Sur présentation de justificatif
Inscription sur WeezEvent ou sur place.
Clôture des inscription en ligne : le 4 décembre à 17h
Infos pratiques
Date
- 05 Déc 2026
Heure
- 9h00 - 17h00
Tarif
- 50.00 €
- Où se rendre : cinéma Jean Eustache à Pessac
- Contact : acf.dr-aquitania@causefreudienne.org
- Lien d'inscription : https://my.weezevent.com/journee-de-lacf-aquitaine-2026